Synology : le self-hosting
Stockage, apps maison, accès chiffré depuis l'extérieur — Synology est probablement la porte d'entrée la plus honnête vers le self-hosting. Presque sans effort. Presque.

Le problème avec le cloud
À un moment, la question se pose. On a des photos stockées chez Google, des fichiers chez Dropbox, des notes quelque part chez Apple, des sauvegardes nulle part, et un abonnement mensuel pour chacun de ces trous. On paie pour ne pas savoir où sont ses données, ni ce qu'on en fait exactement.
Le self-hosting est la réponse évidente. Mais la réponse évidente fait peur : serveur sous le bureau, distribution Linux à configurer à la main, ports à ouvrir avec l'impression de se tirer une balle dans le pied. Ce n'est pas faux. C'est juste une version particulière du self-hosting — pas la seule.
Reprendre le contrôle n'implique pas de tout faire soi-même.
Pourquoi Synology tient la route
Un NAS Synology, c'est un boîtier compact avec un ou plusieurs disques, un système d'exploitation maison (DSM), et une interface web qui ne demande pas de lire un manuel. On branche, on configure quelques écrans, et ça tourne. Des années. En silence. Sous le bureau, dans un placard, peu importe.
Ce qui fait la différence avec un simple disque réseau, c'est l'écosystème. Synology propose un gestionnaire de paquets avec des applications tierces — dont des alternatives directes à presque tout le cloud grand public. Nextcloud pour les fichiers, Vaultwarden pour les mots de passe, Jellyfin pour les médias. Le tout sur ta machine, chez toi, sans intermédiaire.
Il y a des tonnes de tutos qui traînent. Des forums, des vidéos, des guides maintenus par des gens qui vivent avec leur Synology depuis dix ans. C'est volontairement le matériel le plus documenté du self-hosting grand public. Ce n'est pas un hasard — Synology a construit un produit qui veut être accessible, et ça se ressent jusque dans la communauté qui s'est construite autour.
Le stockage — la raison évidente
La première utilité d'un NAS reste le stockage. Et là, c'est difficile de faire mieux pour le prix. Deux disques en RAID 1 — l'un copie l'autre en permanence — et tu dors mieux. Une panne de disque n'est plus une catastrophe, c'est un remplacement.
DSM propose Synology Drive, qui se comporte exactement comme Dropbox ou Google Drive depuis le bureau et le téléphone. Synchronisation automatique, versioning, partage par lien. Sauf que les données restent chez toi. Pas de quota. Pas de renouvellement annuel. Pas de notification pour te dire que le tarif augmente en janvier.
Photos a son propre client — Synology Photos — qui fait de la reconnaissance de visages et de lieux en local. Pas de modèle envoyé dans le cloud pour classifier le visage de tes enfants. Tout reste dans la boîte.
Au-delà du disque — les apps
Une fois le stockage en place, la tentation est forte d'aller plus loin. Le gestionnaire de paquets de Synology permet d'installer des services supplémentaires en quelques clics. Mais le vrai saut, c'est quand on passe à Docker — disponible nativement via Container Manager.
À partir de là, n'importe quelle application containerisée tourne sur le NAS. Un gestionnaire de mots de passe isolé du réseau, un agrégateur RSS, un serveur de fichiers de configuration, un système de sauvegarde automatique pour les autres machines de la maison. Ce n'est plus un disque réseau, c'est une infrastructure personnelle.
- Vaultwarden — gestionnaire de mots de passe compatible Bitwarden, en local.
- Jellyfin — médiathèque personnelle, films, musique, séries, sans abonnement.
- Nextcloud — remplacement complet de Google Workspace pour l'usage perso.
- Uptime Kuma — surveiller que tout tourne, avec des alertes propres.
Le réseau — VPN, DNS, accès depuis l'extérieur
C'est là que ça devient intéressant, et là aussi que beaucoup s'arrêtent trop tôt. Avoir un NAS chez soi sans pouvoir y accéder depuis l'extérieur en toute sécurité, c'est se priver de la moitié de l'intérêt.
Synology intègre un serveur VPN natif — OpenVPN ou L2TP selon ce qu'on préfère. En pratique, depuis un hôtel, un café ou n'importe quelle connexion douteuse, on se connecte au VPN et on est comme chez soi. Tout le trafic passe par sa propre connexion. Pas de service tiers, pas d'abonnement mensuel, pas de confiance aveugle accordée à un fournisseur VPN dont on ignore les pratiques réelles.
Pour ceux qui veulent aller un cran plus loin, Tailscale — disponible comme paquet — permet de constituer un réseau maillé entre ses appareils sans exposer de port sur internet. Le NAS, l'ordinateur fixe, le téléphone : tous connectés entre eux, chiffrés, sans passer par un tunnel centralisé.
Du côté DNS, un Pi-hole ou Adguard Home tourne sans effort sur le NAS. Résolution locale, blocage des domaines publicitaires et de tracking à la frontière, et tous les appareils de la maison en bénéficient automatiquement. Sans rien installer sur chaque machine.
Ce que j'en fais
- Stockage principal pour les fichiers de travail et les photos — plus de cloud tiers.
- Vaultwarden pour les mots de passe, synchronisé sur tous les appareils.
- VPN maison pour toutes les connexions en dehors du réseau domestique.
- Adguard Home pour le DNS — la différence se voit dès le premier jour.
- Sauvegardes automatiques des autres machines, la nuit, sans y penser.
Ce que Synology ne résout pas
Ce serait mentir que de ne pas en parler. Synology reste un produit propriétaire. DSM est confortable, mais ce n'est pas du logiciel libre — on fait confiance à l'entreprise pour ses mises à jour, sa politique de support, ses décisions futures. C'est un compromis conscient entre accessibilité et souveraineté totale.
Les modèles d'entrée de gamme ont aussi des limites de puissance qui se font sentir dès qu'on empile les containers. Et la gestion des disques en cas de panne reste moins transparente qu'un système Linux nu qu'on comprend de A à Z.
Mais pour quelqu'un qui veut quitter le cloud grand public sans passer six week-ends à configurer un serveur, c'est honnêtement le meilleur point d'entrée que je connaisse. On peut y aller par couches, commencer simple, et aller aussi loin que la curiosité le permet.
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